Soutien aux inculpés du 11 Novembre : Poésie des gares
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Poésie des gares

vendredi 10 avril 2009, par François Taillandier (Date de rédaction antérieure : 26 février 2009).

La France sarkozyenne

À la gare britannique de Warrington, baisers et embrassades sont désormais prohibés, sauf dans la zone qui leur est réservée au moyen d’une signalétique adaptée. Mamans éplorées, amoureux transis et familles expansives gênent le trafic. Sourions, mais pas trop ! À Paris, le métro s’est récemment revêtu, au sol et sur les vitres, d’inscriptions nous incitant à monter ou descendre des rames selon un protocole des plus rigoureux. S’il y a du retard, c’est de notre faute : nous ne sommes pas assez robotisés. On pourrait aussi évoquer l’objectif singulier, avoué par la SNCF comme par la RATP, de supprimer progressivement tout « contact » avec le client désireux d’acquérir un titre de transport, et qui serait censé « gérer » cela chez lui par l’Internet (et tant pis pour ceux qui ne savent pas qu’il est obligatoire d’acquérir un ordinateur et de payer un abonnement).

Mais ce n’est pas le plus beau. Le plus beau, c’est l’invention des panneaux publicitaires dits « intelligents » dont nos services publics de transport ont décidé de s’équiper. Qu’est-ce qu’un panneau publicitaire intelligent ? C’est un panneau qui enregistre le regard >du passant dès lors qu’il s’y attarde plus d’une ou deux secondes, le décompte permettant à l’annonceur de mieux cerner l’impact de son affichage.

On se souvient que l’ancien patron de TF1 se vantait de fournir aux annonceurs du temps de cerveau disponible. Nos gares et stations de métro leur fourniront ainsi, de la façon la plus scientifiquement contrôlable, de précieuses secondes de cervelle hébétée, entre deux interventions suaves de Big Mother rappelant l’interdiction de fumer, l’obligation d’étiqueter ses bagages, le devoir sacré d’être vigilants « ensemble », ainsi qu’un tas d’autres impératifs et défenses.

Ah, j’allais oublier : désormais, quand on commet l’inqualifiable attentat de monter dans le bus par la porte du milieu, la même voix enregistrée s’élève et vous dénonce à toute l’assistance comme un délinquant potentiel.

Ainsi, lentement mais sûrement, le monstre techno-marchand envahit-il la vie, la vraie vie, la vie vivante. Ainsi la dictature technocratique jette-t-elle peu à peu le masque, ce qui est une façon de parler puisqu’elle est sans visage. Ce qui précède doit être interprété sans ambiguïté comme un appel au sabotage. J’espère que j’aurai l’honneur de saluer Julien Coupat dans une cour de prison

Voir en ligne : http://www.humanite.fr/2009-02-26_C...