Soutien aux inculpés du 11 Novembre : Les dépositions très contradictoires d’un agriculteur, ex-témoin sous X...
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Les dépositions très contradictoires d’un agriculteur, ex-témoin sous X...

Le Monde

jeudi 26 novembre 2009, par soutien11novembre

En l’espace de deux mois, Jean-Hugues Bourgeois a été entendu à deux reprises par les policiers de la sous-direction de la lutte antiterroriste (SDAT), la première fois en tant que témoin sous X..., la seconde sous son identité. Et les deux versions n’ont rien à voir.

Cet agriculteur de 30 ans, qui résidait alors dans le Puy-de-Dôme, à environ deux heures de route de Tarnac en Corrèze, se serait présenté spontanément à la gendarmerie de Riom. Son premier témoignage est recueilli le 14 novembre 2008 à 9 heures, selon le procès-verbal (PV) établi par la police, soit trois jours après l’interpellation des neuf personnes mises en examen pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste. La veille, le juge des libertés et de la détention a donné son autorisation pour lui accorder le statut protecteur de témoin sous X..., qui devient dans le dossier le "témoin 42". Il livre alors ses impressions sur Julien Coupat et un "groupe constitué" autour de lui, mais ne dit pas un mot sur les sabotages des lignes SNCF qui leur sont reprochés.

"Fantasme collectif"

A propos de Julien Coupat, dépeint comme le "leader charismatique et l’idéologue (qui) tient l’ensemble des membres sous son charme à la façon d’un gourou de secte", il déclare : "A plusieurs reprises, lors de réunions avant 2007, il exprimait le fait que, même si le moment n’était pas encore venu, il pourrait être un jour envisagé d’avoir à tuer car la vie humaine a une valeur inférieure au combat politique". Selon ce PV, coté D43, les policiers présentent un "album photos" qu’il commente désignant ici un "responsable de la branche des relations sociales" (Benjamin Rousoux, mis en examen), là un "responsable de la branche armée" (Raphaël M., non mis en examen), tout en ajoutant qu’il "croit que cela relève d’un fantasme collectif ". Tout change le 11 décembre 2008, lors de sa deuxième audition à 14 h 30, cette fois sous son identité, dans les locaux de la police judiciaire de Clermont-Ferrand. Là, il parle de Raphaël M. comme d’un ami et d’une communauté répondant "avant tout à un projet de vie en commun se développant sur des activités agricoles, artisanales, commerciales". "Je les conseillais notamment pour leur élevage de bêtes et leurs récoltes", souligne-t-il.

Le témoin explique que son numéro de téléphone portable apparaît sur la facturation détaillée de la ferme de Tarnac, car il souhaitait "leur emprunter leur bouc pour la reproduction de (son) élevage" - bouc qu’il dit avoir été cherché "à la fin août 2008". Sur ce PV, il refuse de répondre à une interrogation sur le "projet politique" du groupe, car cela relève des "opinions privées de chacun". Et à la question "les résidents de Tarnac vous ont-ils jamais fait part de projets violents ?", il répond : "Non, jamais."

On lui présente à nouveau un album de "38 individus" : il affirme, cette fois, n’en reconnaître que quatre. A propos de Julien Coupat, Jean-Hugues Bourgeois dit : "J’ai un peu de mal à croire qu’il est celui que les autorités présentent comme un terroriste."

Isabelle Mandraud et Caroline Monnot

Voir en ligne : http://www.lemonde.fr/societe/artic...